Adolescence et numérique : tous éducateurs

Le 17 Mars 2018 avait lieu à Lyon une journée organisée par les scouts et guides de France en partenariat avec l’Observatoire de la Parentalité et de l’Éducation au Numérique. J’y étais conviée pour une table ronde sur le thème : Les parents face aux univers numériques. Retour sur mon expérience d’une journée d’échanges et de débats parfois passionnés mais surtout passionnants.

« Le numérique transcende les inégalités : tout le monde y a accès »

Michèle Créoff, vice présidente du conseil de la protection de l’enfance a tout d’abord insisté sur le caractère universel des révolutions que notre société est en train de traverser avec le numérique. « Nous demandons à la société d’assumer ces bouleversements alors que cela va très vite et très vite partout ». Ces nouvelles pratiques sont en train de bouleverser les modes éducatifs traditionnels qui se basaient sur le contrôle d’une société entière face aux jeunes. Ces derniers aujourd’hui seuls face à l’image, les espaces numériques constituent de « nouveaux espaces de prédations ».

interventionChristineCannard
Source : twitter @sgdf

L’usage des écrans à l’adolescence bien comprendre ce que les adolescents y gagnent pour leur demander ce qu’ils y perdent.

Christine Cannard est docteur en psychologie du développement, de l’enfant et de l’adolescent. Elle est revenue sur les besoins de l’adolescent et sa construction identitaire pour nous expliquer en quoi les usages numériques (jeux vidéos, réseaux sociaux) avaient du sens à cette étape de la vie. En effet, les écrans, répondent aux 3 besoins psychologique de base.

  • Besoin d’affiliation et d’attachement / Besoin d’appartenance / Besoin de reconnaissance
  • Besoin d’autonomie / besoin de se sentir à l’origine de ses actions / Besoin de partager avec les autres
  • Besoin de sentiment de compétence / Besoin d’exploration et de défi / Besoin de confirmation et de compétence ;

Christine Cannard insiste sur le fait que ni dans la famille ni à l’école ces besoins sont totalement comblés alors qu’ils le sont sur internet.

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Source : twitter @sgdf

Postures éducatives et numériques : nouveaux enjeux pour les adultes

Cette table ronde réunissait deux visions de l’éducation au numérique. Bruno Harlé est particien hospitalier membre du Collectif Surexposition écran (COSE). L’objectif de ce collectif aujourd’hui médiatisé par les interventions d’Anne-Lise Ducanda : que la surexposition aux écrans des enfants soit reconnue comme un enjeu majeur de santé publique. Il se base sur ses interventions et celle de ces confrères auprès d’enfants et de familles ayant des usages excessifs d’écrans et inadaptés à l’enfant et l’adolescent. Bruno Harlé a pu valoriser le travail de Sabine Duflo et sa campagne des 4 pas : pas d’écrans le matin, pas d’écrans durant les repas, pas d’écrans dans la chambre de l’enfant, Pas d’écrans avant de s’endormir.

De son côté Marion Haza est docteur en psychopathologie clinique. Elle considère quant à elle que écrans font aujourd’hui partie de notre société. « Les écrans et le numérique sont présents, c’est comme ça. La question c’est comment on éduque avec ces outils-là, en prenant en compte les aspects positifs et négatifs ». Elle s’est attachée ici à nous démontrer quels étaient ses usages positifs notamment dans sa pratique professionnelle comme l’utilisation de certains jeux vidéos dans ses consultations, lui permettant d’entrer en relation avec certains jeunes.

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Source : twitter @sgdf

Le numérique : nouveaux codes de séduction

Après une pause bien méritée, les participants avaient le choix entre plusieurs tables rondes. J’ai quand à moi assistée à celle sur le thème : Le numérique : nouveaux codes de séduction. Celine Tran est auteure, comédienne, ex-actrice porno. Elle reçoit au quotidien de nombreux messages de jeunes en recherche de conseils bienveillants sans jugement. Cette table ronde a permis de revenir sur la facilité d’accès de la pornographie et l’importance d’une éducation à l’image qui permette au jeune d’acquérir une prise de recul face à ce que lui montre la pornographie. Celine Tran a rappelé l’importance d’inventer des nouvelles manières de faire de l’éducation sexuelle à travers 3 idées :

  • Parler de plaisir et de la notion de consentement,
  • l’importance de contrôler son image et sa diffusion, « ton image t’appartient, cela peut te porter préjudice plus tard »,
  • les préventions sur les maladies sexuellement transmissible et la contraception.

Echanger sur ce sujet avec scouts et animateurs a permis d’insister sur le rôle à jouer de tous les acteurs de l’éducation sur cette question : en permettant une parole et des échanges sans culpabilisation.

 

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Source : Twitter @sgdf

Les parents face aux univers numériques

Pour cette table ronde intervenait Thomas Rohmer, Président de l’observatoire de la parentalité et de l’éducation au numérique, Sophie Mancel, maman d’adolescents et moi même.

Nous avons orienté cette intervention en nous basant sur les interrogations des participants. Temps passé devant les écrans, comment continuer à faire vivre le collectif, comment apporter des limites claires aux enfants, voici quelques unes des questions qui nous étaient posées.

J’ai souhaité tout d’abord revenir sur le rôle difficile du parent en 2018 et la nécessité d’avoir une posture bienveillante auprès du public devant lequel nous intervenons. Le but : d’éviter de contribuer à la culpabilisation constante des parents en ouvrant notre regard sur l’ensemble de leurs difficultés. L’écran est parfois une solution de facilité mais qui reflète un besoin au cœur des tâches parentales.

Thomas Rohmer a insisté sur les postures paradoxales d’adultes qui n’aident pas à éduquer nos enfants aux numériques ni à leur transmettre des messages clairs sur la marche à suivre. Ils nous semblaient important de revenir sur notre posture d’observation de leurs pratiques et nos représentations des univers numériques et celle des jeunes. A titre d’exemple, Thomas Rohmer raconte : « La plus grande crainte des enfants et ados addicts aujourd’hui c’est d’être déconnecté de son compte ou de se le faire pirater : de ne plus être en contact avec leur groupe de pairs ».

Sophie Mancel a mis en évidence l’importance du dialogue avec ses enfants dans ses choix éducatifs même quand ils ne plaisent pas. Elle est ravie d’observer que ses enfants s’aident mutuellement dans la prévention aux usages numériques.

 

L’essentiel de cette journée :

Voici quelques unes des idées retenues par les rapporteurs des différentes tables rondes, véritables conseils et défis éducatifs à mettre en place :

  • Eduquons à l’image, à la prise de recul face à la réalité et la fiction.

  • Permettons dès le plus jeune âge l’apprentissage du langage numérique grâce à des ateliers de codages ou d’utilisation des réseaux sociaux « Ce n’est pas parce que les jeunes l’utilisent tout les jours qu’ils savent comment s’en servir ».

  • Prenons au sérieux le cyberharcèlement pour compenser un cadre légal en difficulté sur cette question.

  • Permettons aux jeunes et leurs parents de pouvoir bénéficier d’espaces de paroles qui libèrent sans jugements.

  • Valorisons la co-éducation, nous sommes tous éducateurs.

 

Un grand merci à toute l’équipe des scouts et guides de France pour leur invitation et l’organisation de cette journée.

Retrouvez l’ensemble du programme de cet événement sur ce lien :  Adolescence et numérique : tous éducateurs et sur le twitter des Scouts et Guides de France : @sgdf

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